Edito Avril 2020 - Un chemin que nous ne connaissions pas

 
Une parole trouvée chez le prophète Esaïe m’a interpellé cette semaine :

Je ferai marcher les aveugles sur un chemin qu’ils ne connaissaient pas ;
je les conduirai par des sentiers qu’ils ne connaissaient pas.
Je changerai devant eux les ténèbres en lumière et le sol accidenté en terrain plat ;
c’est bien cela que je ferai, et je ne les abandonnerai pas.
Ils reculeront, ils auront honte, ceux qui mettent leur confiance dans des statues,
ceux qui disent à des idoles de métal fondu : Vous êtes nos dieux !  (Es. 42.16-17 - NBS)


Une parole incroyablement forte et réconfortante qui, je pense, ne manque pas de nous parler là où nous sommes.

Bien plus encore que les Pâques précédents, Pâques 2020 ouvre un « chemin sans chemin » (*). Et cela dans un contexte bien morose. C’est la fin possible, la mort probable d’une ère marquée par des aveuglements, par des fausses routes et souvent aussi par l’assujettissement à d’innombrables idoles (d’ailleurs pas forcément identifiées en tant que telles). Un monde se croyant invincible mais qui ainsi se leurre, un monde hyperactif mais spirituellement mort, se trouve à terre.

Dans ce contexte inattendu de mort et de séparation, l’Évangiles vient nous dire haut et fort, à l’aube d’un jour nouveau : « Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! ». Une promesse de vie éternelle (de vie « tout autre », incorruptible) nous est donnée, une promesse de résurrection pour nous tous, vivants et morts, qui mettons notre foi en ce Christ qui nous éclaire intérieurement, pour que nous nous remettions en marche et que nous vivions désormais dans la seule perspective de l’amour et du service qu’Il nous a montrée et enseignée.

La foi est une marche. Une marche humble. Un « chemin sans chemin ». Une voie à sans cesse inventer et réinventer. Avec l’amour du Christ pour seul guide, pour seule force. Portés par le Souffle du Dieu Créateur. Porteurs de la promesse que sur ce chemin sans chemin Dieu ne nous abandonnera pas. Une marche qui s’avérera sans doute déconcertante, exigeante et contraignante (que prendre ? que laisser ? que créer ?), mais qui sera une marche vers une vie tout autre, une marche profondément vivifiante. Sous le regard bienveillant et aimant de Celui que Jésus nous exhorte à appeler « Père ».

Cela nous fait penser à l’histoire d’Israël : exil et esclavage, Pâque et exode, marche et traversée du désert (lieu de privation mais aussi de prière et de ressourcement spirituel), entrée dans la terre promise. Nous voilà nous aussi en route pour un monde différent, vers un « autre ensemble premier de relations » (* p. 116). Surtout ne nous laissons pas tenter par un retour en « Égypte » avec son « confort » et ses « sécurités ». Au contraire, mettons-nous à préparer le départ !

Je conclurai avec cette parole de Maurice Bellet : « (…) si celui qui meurt (sur la Croix) devient en nous le Vivant, c’est notre vie qui est première, en elle nous connaissons le Dieu inconnu, c’est le lien, le partage entre nous qui est sa vérité en nous, la logique de l’agapè a priorité sur toute règle, nous sommes hors de la culpabilisation sans fin, nous ne pouvons être qu’adhésion à la vie. » (* pp. 116-117)

L’aube du huitième jour. Connaître le Dieu inconnu : ouverture infinie sur la vie. « Je ne les abandonnerai pas », nous dit-il par la bouche du prophète dont le nom est « L’Éternel sauve ». Alors, en route !

Lolke van der Veen

* Bellet, M. (2016). Un chemin sans chemin. Paris : Bayard.